Extrait du livre

    Quel écolo êtes-vous ?

    Alors, allons-y. Tentons une typologie de l'écolo. Une galerie de portraits. Pas pour juger. Pas pour classer. Juste pour mieux nous situer. Et peut-être aussi pour mieux comprendre ceux que nous croisons, au hasard de la vie.

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    L'écolo urbain : entre bitume et tofu

    Si vous lisez ce livre dans le métro, dans un café bio avec Wi-Fi ou sur votre balcon de 2 m², il y a de grandes chances que vous fassiez partie de l'espèce des écolos urbains.

    L'écolo urbain, c'est celle qui fait de son mieux dans un environnement où un arbre reste un truc bétonné de tous les côtés, et où la notion d'oiseau se résume à une sorte d'ignoble amas de plumes gris et gras capable de vous bouffer le doigt si vous avez le malheur de faire tomber une miette de pain en relançant vos chaussures. Sur le bitume et l'asphalte, elle dévale à plein régime sur les recommandations de l'ADEME : vélo, transports en commun, alimentation végétale ou flexi-consciente… elle a d'abord renoncé aux bouteilles en plastique… et finalement y est revenu parce qu'il y a désormais des PFAS dans l'eau du robinet, et qu'elle n'a pas envie de claquer d'un cancer du pancréas à 40 balais.

    Son terrain d'action, ce sont surtout ses choix alimentaires et ses déplacements : elle n'a pas toujours la main pour décarboner son mode de chauffage, parce qu'il y a toujours un relou qui bloque en réunion de syndic; et côté emprise au sol elle est déjà optimisée avec son appart 5 pièces de 52m2 à 689 000€ hors frais de notaire.

    Bon, elle a bien conscience que ses achats, parfois un peu trop nombreux, pèsent dans la balance carbone. Son compte en banque fait d'elle une privilégiée et elle voit bien que l'objectif des 2 tonnes de CO₂ par personne, elle n'y sera jamais. Mais, elle au moins, l'objectif, elle le connaît.

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    L'écolo-bio

    Il est de ceux qui pensent « alimentation » avant tout. Pour lui, l'écologie, c'est d'abord ce qu'on met dans l'assiette. Manger sain, local, équilibré…. Et surtout sans cochonneries phytosanitaires. L'empreinte carbone, ce n'est pas ce qui le préoccupe au quotidien. Son focus est sur toutes les saloperies qu'on essaie de nous faire avaler. Les étiquettes, il les connaît par cœur, les recettes de grand-mère, il les a dans la tête et les petits producteurs du marché, il les appelle par leur prénom.

    Parfois, il donne un peu de temps dans une association pour le maintien d'une agriculture paysanne (AMAP) et s'il a un jardin, il fait pousser des tomates, des courgettes et des salades qu'il partage avec ses voisins.

    En cuisine, il fait des merveilles, même s'il ne peut pas s'empêcher de préciser que telle courgette vient du jardin et tel artichaut de chez Antoine, le maraîcher qui s'est passé la corde au cou la semaine dernière.

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    L'écolo forcée : l'écologie par défaut

    Elle ne se sent pas écolo. Et pourtant, ses émissions de CO₂ sont probablement bien inférieures à celles de l'écolo urbain le plus vert. Mais elle, c'est parce qu'elle n'a juste pas le choix. Ses moyens financiers sont limités et elle vit une forme de sobriété subie. Pas d'avion. Pas de gros achats. Pas de voiture de loisir, juste un vieux diesel pour aller bosser. Et encore, quand il démarre.

    C'est ce qu'on appelle la « décroissance forcée ». Elle concerne une bonne partie de la population. L'écolo forcée n'a sans doute pas de temps pour les discussions sur la biodiversité, parce que sa priorité, c'est de remplir le frigo. Elle ne fait que très peu d'achats, et surtout d'occasion sur Le Bon Coin, ou en don sur Geev.com.

    Elle est sans doute écolo sans le vouloir. Et parfois, on lui parle de « changer de brosse à dents » ou de « consommer responsable », alors qu'elle serait déjà heureuse de pouvoir consommer tout court.

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    L'écolo vélo

    S'il y a une catégorie peu connue, mais rudement impressionnante, c'est l'écolo vélo. Avec deux variantes : l'influenceur vélo et le sportif.

    Amoureux de nature, de paysage et de vélotaf, le biclou prend une telle importance dans sa vie que ça devient visible jusque dans son physique : sec, musclé mais sans chichi, le regard un peu rude, l'écolo vélo fusionne avec sa monture comme ses fesses de poulet avec son lycra.

    Avec une empreinte carbone transport proche de zéro, il se tape des défis comme aller voir son pote de Lyon depuis Montauban avec son vélo de course, en passant par les volcans d'Auvergne par -10 °C.

    En version influenceur, il publie sur LinkedIn et Instagram des photos et vidéos du meilleur mais surtout du pire des pistes cyclables. Un reporter de terrain assidu qui en général attire les commentaires ironiques ou acerbes des Jean-Michel Feu-rouge (dont on parlera par la suite).

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    L'écolo industrielle : le système dans le viseur

    À des années-lumière de l'écolo vélo, l'écolo industrielle regarde l'envers du décor. Elle a compris que tant qu'on ne transformera pas l'industrie, rien ne changera vraiment.

    Elle est ingénieure, cheffe d'entreprise, ou simplement passionnée de technique et de transformation à grande échelle. Pour elle, produire autrement est le seul levier vraiment à la hauteur. Acier bas carbone, récupération de chaleur fatale, efficacité énergétique, logistique repensée : elle vit dans les coulisses du monde, là où l'on fabrique tout ce que les autres consomment.

    Elle a parfois du mal à faire passer ses idées dans les milieux militants. Trop « industrie », pas assez « émotion ».

    Elle connaît parfaitement l'empreinte carbone d'un MWh gaz comparé à un MWh électrique avec le mix énergétique français, américain et allemand. Elle a ses opinions arrêtées sur le nucléaire et la politique énergétique de chaque grande puissance mondiale. Elle anticipe les effets de chaque dinguerie de Trump et de Poutine sur le prix de l'énergie et se passionne pour les innovations d'efficacité énergétique.

    En soirée, elle espère tomber sur une autre écolo industrielle pour pouvoir parler tarifs réglementés et quota carbone, mais manque de pot, elle tombe à chaque fois sur l'écolo naturopathe, qu'elle a envie d'abattre froidement au bout de 3 minutes.

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    L'écolo naturopathe

    Il jure autant par les fleurs de Bach que par les bacs de tri. Il soigne les maux du monde à grands coups de tisanes détox, huiles essentielles et de granules 15 CH. Il s'intéresse aux énergies des êtres et des astres. Prendre soin de la planète est pour lui le prolongement du soin que l'on donne au corps et à l'âme.

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    L'écolo décroissante : moins, mais mieux

    Pour elle, les histoires de crédits carbone, de start-up greentech et de relance industrielle verte, c'est mignon deux minutes. Mais tant qu'on reste dans une logique de croissance infinie, on ne fait que verdir les marges.

    Et surtout, superposer péniblement des économies de CO₂, gagnées à coups d'innovations high-tech, sur un système qui, par essence, continue d'en produire toujours plus, ça n'a pas de sens. Et encore, ça c'est pour le carbone. Parce que pour les ressources, les terres agricoles, les matériaux, les écosystèmes… difficile de croire qu'on pourra croître indéfiniment sur une planète qui mesure obstinément 40 000 km de circonférence (bon OK, sauf si Elon finit par l'agrandir au laser).

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    L'écolo Janco

    L'écolo Janco, c'est très simple : il a téléchargé l'intégrale de Jean-Marc Jancovici directement dans son cortex. Il maîtrise le CO₂ par tonne, le kilowattheure par jour et par personne, et la courbe de Hubbert décrivant le pic du pétrole comme d'autres maîtrisent les paroles de Bohemian Rhapsody.

    Pour lui, un parc nucléaire costaud, c'est le socle. Pas pour croître, non, mais pour amortir la chute : celle des flux énergétiques, de la consommation, de l'illusion de l'abondance.

    Le reste ? Facile. « Dites-moi ce dont vous avez besoin, je vous expliquerai comment vous en passer. »

    Il a réponse à tout, et surtout, il adore tomber sur un auditoire profane, pas encore passé par l'étape obligatoire de la conférence de 4 h 30 sur YouTube avec un son tout pourri et des slides moches… mais qui retourne quand même le cerveau. Parce que quand Janco parle, on écoute.

    Et quand l'écolo Janco relaie, on s'incline. Mais un conseil : ne mettez jamais un écolo-Janco dans la même pièce qu'un écolo naturopathe. Ou alors avec un mur étanche.

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    L'écoféministe

    Elle ne dit pas « il faut sauver la planète ». Elle dit : « il faut arrêter de la violenter ». L'écoféministe, c'est celle qui a compris que l'écologie n'est pas juste une affaire de gaz à effet de serre et de panneaux solaires. C'est une affaire de rapports de domination. Et tant qu'on tolère un système qui exploite sans vergogne les corps, les terres et les ressources, on n'en sortira pas.

    Elle ne milite pas « en plus » pour les droits des femmes. Elle ne rajoute pas du féminisme dans l'écologie, comme on rajoute du tofu dans une salade. Non. Pour elle, les deux sont indissociables. Parce que, historiquement, ce sont les mêmes mécanismes qui ont justifié qu'on réduise la Terre à une mine et les femmes à une ressource.

    Pour elle, les logiques de domination qui oppriment les femmes sont les mêmes que celles qui exploitent la nature.

    Autrement dit : ce n'est pas un hasard si on parle de « maîtriser la nature », « violer la Terre », ou « faire plier l'environnement à nos besoins ». Ce vocabulaire de la conquête, du contrôle, de la mise au service… c'est exactement celui qu'on retrouve dans le patriarcat.

    Elle montre que ce qu'on a historiquement associé au féminin — le soin, la sensibilité, la nature, l'intuition, le cycle… — a été relégué au rang de tâches secondaires, invisibles ou gratuites. Ces rôles, construits et assignés par le patriarcat, sont pourtant essentiels à la vie et au maintien des écosystèmes. Le travail du care (éducation, santé, alimentation, etc.) en est l'exemple parfait : vital, mais mal valorisé. Tiens donc, comme la nature…

    L'écoféminisme revendique leur revalorisation comme piliers d'un monde durable.

    En soirée, après que l'écolo industrielle ait soulevé le couvercle des chaînes de carbonation pendant deux heures, l'écoféministe va retourner le débat en demandant : « À quoi bon sauver le monde, si c'est pour le laisser tel qu'il est ? »

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    L'écolo politique : il faut une loi pour que ça bouge

    Lui, il sait que rien ne changera sans un vrai courage politique. Son cœur bat au rythme des réformes structurelles.

    Il croit au pouvoir des lois, des règlements, des grandes orientations. Il rêve d'une fiscalité écologique, d'une planification écologique, et, souvent d'une VIe république. Il fulmine devant les demi-mesures, les reculs, les lobbies qui tiennent les manettes pendant que la planète brûle.

    Il croit encore, un peu, aux partis. Quand arrivent les présidentielles, il passe six mois en ébullition, à comparer les programmes, distribuer des tracts, se battre dans les commentaires Facebook. Puis, passé le mois de mai, il entre dans six mois de grave dépression, avant de finir par reprendre du poil de la bête et du commentaire LinkedIn pour critiquer le nouvel élu à la sortie de son état de grâce.

    C'est d'ailleurs pile à ce moment-là que l'écolo systémique débarque, avec ses gros sabots de madame-je-sais-tout, pour lui expliquer que voter ne sert à rien.

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    L'écolo systémique : casser le jeu

    Pour elle, le problème, ce n'est pas un détail du système : c'est le système lui-même. Croissance infinie, extraction illimitée, profit maximal — ce logiciel, elle veut le désinstaller. Radicalement.

    Elle parle de bifurcation, de basculement, de changement de paradigme. Certains la trouvent extrême. Mais elle se sent juste lucide.

    Au fond, presque tous les autres écolos sont un peu d'accord avec elle. Mais sa botte secrète, c'est cette capacité à décrire, par le menu, tout ce qui fait qu'aucune initiative ne pourra fonctionner tant que le système restera… le système.

    Le gros point positif, c'est que les faits finissent toujours par lui donner raison. Le gros point négatif, c'est qu'on finit souvent par avoir envie de se flinguer après deux heures à discuter avec elle.

    Enfin… sauf l'écolo foncièrement optimiste : le technosolutionniste. Lui, il garde le sourire en toute circonstance.

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    L'écolo technosolutionniste : la foi en l'innovation

    Pour lui, l'avenir se construira avec de nouvelles machines, pas avec la vision rabougrie et pessimiste des écolos décroissants. Son espoir, c'est la loi de Moore — cette idée que le progrès technique permet de miniaturiser, de réduire l'impact, d'augmenter l'efficacité de tous nos procédés. Ce qui fait qu'en 2060, le monde sera radicalement différent de celui qu'on connaît aujourd'hui.

    Dos au mur, l'être humain finit toujours par trouver une solution. Par son génie. Par une percée. Par une invention. Parce que, pour lui, le dérèglement climatique est avant tout un problème technique. Et à tout problème technique, sa solution technique.

    Captation du carbone, fusion nucléaire, intelligence artificielle pour optimiser les réseaux énergétiques : il est à l'affût. Il lit les rapports du GIEC, mais aussi ceux de McKinsey. Et il investit dans des innovations vertes avec son PEA.

    Parfois, les autres le trouvent un peu naïf. Il leur répond qu'il est plus utile de construire des solutions que d'interdire des plaisirs. Que la croissance peut être verte. Et qu'on ne sauvera pas la planète avec des bougies et des cabanes.

    Couverture Écolo mais pas relou

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